Conseil Régional de Haute-Normandie
Séance du 19 avril 2010
Intervention des élus du Front de Gauche Parti Communiste Français-Gauche Unitaire-Parti de Gauche sur les premières mesures du contrat de mandature
Monsieur le Président, chers collègues
Quelques mots en préambule sur les résultats des élections régionales
Un des éléments marquants de cette campagne dont nous venons tout juste de sortir, c’est le niveau d’abstention extrêmement élevé, vous l’avez rappelé le 26 mars Monsieur le Président.
De ce fait, notre interrogation est forte quant au contenu du résultat . 72 % des 18 – 34 ans se sont abstenus, 69 % des ouvriers, 64 % des employés…
Si l’on peut se féliciter de cette belle victoire de la gauche en Haute-Normandie, diversifiée au premier tour et rassemblée au second – et fier d’avoir contribué à ce large rassemblement – il y a comme un malaise :
54 % des électeurs haut-normands ont boudé les urnes au 1 er tour, 49% au second tour. C’est un message très grave qui montre à quel point le fossé entre les citoyens et la politique est grand.
En dehors de l’élection présidentielle, chaque élection bat des records d’abstention : législatives en 2007, municipales en 2008, européennes en 2009, régionales en 2010…
Peut-on se satisfaire d’une victoire de la gauche avec un score aussi large, comme en Haute-Normandie, mais dont le total des voix ne représente que moins de 30 % des inscrits de notre région ?
Nous devons sortir de nos certitudes pour ne pas accepter que plus de la moitié du corps électoral soit absent de façon permanente de toute action politique. Il ne faut se résoudre à cela, car ce serait une démission coupable pour notre démocratie.
Monsieur le Président, vous avez, lors de votre discours d’investiture appeler à lutter contre la résignation et la désespérance par notre action politique quotidienne. Cette volonté, les élus du Front de Gauche entendent la traduire par une vraie démarche participative sur tous les domaines qui touchent à l’avenir de notre région.
A partir de là, nait le besoin d’une véritable action pour favoriser la participation à la construction politique, permanente, qui va au devant des citoyens, qui les écoute, mais surtout qui leur donne le « goût » de la politique, leur confie des responsabilités, ne les prend pas de haut et assure une véritable co-élaboration de la politique régionale. Et ce travail doit en particulier s’exercer en direction de ceux qui sont les plus éloignés de la pratique politique, les personnes en souffrance…
Je pense aux salariés confrontés à l’angoisse du lendemain, dont la vie bascule quand l’entreprise ferme, aux salariés usés par le travail, aux chômeurs de longue durée, aux jeunes sans formation et sans perspective d’emploi stable, aux étudiants pauvres, aux retraités précaires, mal logés des quartiers pauvres… Notre liste a mis en avant « l’humain » dans toute cette campagne, cela a été reconnu par les électeurs, tout comme la façon de faire, la méthode. Pour nous, le rapport d’échange constant avec les citoyens est essentiel : nous avons mené une campagne avec une équipe soudée, sur l’idée d’un pacte citoyen, permanent – c’est cette façon de faire de la politique qui convient aux gens – ils veulent être consultés, associés aux choix, force de proposition…
Soyons la gauche de combat
La gauche doit devenir ce rempart contre la politique désastreuse de Sarkozy, mais aussi et surtout porter une autre politique respectueuse des hommes, qui rompe avec le dogme tout puissant du marché. Car nous avons déjà connu les 20 régions à gauche et mais elles n’ont pas joué ce rôle de contre-pouvoir, de solidarité entre elles. L’ARF n’a presque pas manifesté d’opposition lors de la décentralisation des personnels de l’EN, de l’AFPA, des formations sanitaires et sociales qui a loin d’être été réalisée à l’euro près comme l’avait assuré le gouvernement.
Vous nous avez parlé de votre volonté de lutter contre la réforme des collectivités, mais cette bataille ne doit pas rester au sein des état-major. Elle concerne les populations. Si demain, les collectivités ne peuvent plus jouer leur rôle d’aménageur de territoire….les gens seront encore plus en difficulté. Faisons mesurer aux Haut-normands à quel point les collectivités jouent un rôle important dans leur vie quotidienne. Beaucoup le savent, à travers leur maire, leur conseiller général…. Et associons-les à ce combat contre la réforme. Nous avançons l’idée d’un courrier du Conseil régional aux Haut-normands, sous forme de pétition.
Nous nous sommes mis d’accord sur les grands principes : jeunesse – formation - transport – écologie… En ce qui nous concerne, nous voulons construire ensemble, mais surtout avec les Haut-normands. Ne nous enfermons pas dans le bocal (services compétents, bien rodés et élus) : le contrat d’accès à la qualification, le contrat de sécurité professionnelle, les emplois-tremplins dont il conviendrait d’établir un bilan discutons-en rapidement surtout avec les jeunes lycéens, les apprentis, les chômeurs, les salariés, les associations. Rencontrons les organisations syndicales, les élus locaux, sur tous les domaines d’interventions importants de la Région : je pense bien sur aux cheminots qui sont en lutte pour l’emploi, la défense du fret SNCF.
Et je partage le propos de Noël Levillain qui s’est exprimé sur cette lutte en sa qualité de vice-président en charge des transports dans une déclaration cosignée de 11 VP régionaux. Je le cite :
« En responsabilité dans les Conseils régionaux pour l’organisation des transports régionaux de voyageurs, nous constatons quotidiennement la dégradation des conditions de transport des usagers (trains annulés, retards fréquents…), malgré les moyens financiers importants consacrés par les Régions dans ce domaine.
Comme nous le soulignons maintenant depuis plusieurs années, les causes de cette dégradation sont dues au manque de moyens humains et matériels de la SNCF.
Cette entreprise publique dont l’actionnaire unique est l’Etat a supprimé depuis 2002 près de 20 000 emplois de cheminots et envisage d’en supprimer plus de 7 000 d’ici 2012.
Ces réductions drastiques d’emploi, les réorganisations sans fin au sein de la SNCF se font au nom de la libéralisation du secteur des transports voulue et conduite à marche forcée par le Président de la République et son gouvernement.
Cette politique a été sévèrement condamnée par nos concitoyens lors des élections régionales des 14 et 21 mars derniers, le message doit être entendu. Le secrétaire d’Etat aux transports D. Bussereau doit prendre ses responsabilités afin que le Président de la SNCF sorte de son entêtement et ouvre sans tarder de véritables négociations avec les organisations syndicales de cheminots »
Noël Levillain conclue en ces termes « les vices présidents communistes invitent les usagers du transport, les citoyens qui sont attachés à la défense et à la promotion des services publics à se mobiliser pour exiger du gouvernement qu’il cesse cette politique conduisant à la casse du fret ferroviaire, à la dégradation du service public de transport ferroviaire, à la suppression massive d’emplois de cheminots » C’est l’invitation que je vous adresse également.
Sur la situation économique et l’emploi
C’est d’abord la situation dramatique de l’emploi dans notre pays et notre région avec tous les jours le même discours du gouvernement et des économistes d’ambassade : « en 2010 les jours meilleurs », « un début de reprise ». Après les propos de Fillon et Lagarde, les experts en économie de l’OCDE, grands prédicateurs du capital, après leurs envolées verbales sur le retour de la croissance et de l’emploi pour 2010, avancent désormais, rassurants, « une baisse du chômage en Europe qui ne se produira au mieux que courant 2011 ». Quel sens de l’analyse et de la prévision !
En France métropolitaine fin février 2010, toutes catégories confondues : 4, 5 millions de chômeurs étaient inscrits à Pôle Emploi ! En Haute-Normandie, xxxxx fin février (catégorie A,B,C). Il faut mesurer l’ampleur de cette situation en prenant en compte tous les non-inscrits, tous les CDD, tous les intérims…
Face à cela, le groupe Front de Gauche est résolu à porter le fer au cœur du système capitaliste et de ses contradictions. Comme nous l’avons fait pendant ces derniers mois dans le domaine de l’économie, en énonçant des propositions que nous retrouvons, M le Président et nous en sommes fiers, dans la définition et la mise en œuvre du Contrat Régional de Développement Economique, le CRDE, que vous nous proposez.
Nous partageons l’idée de conditionnalités des aides, nous parlons nous de contrôle des fonds publics.
Nous partageons l’idée d’assises régionales de l’industrie et de l’innovation. Nous parlons, nous, d’assises régionales de l’automobile, de réflexion pour la filière papier après celle du verre. Ce ne sont là que des nuances.
Mais nous posons aussi avec force la question du principe même des aides économiques au regard de ce que nous constatons avec des entreprises comme Gardy, Gardy qui supprime des emplois après avoir bénéficié de 7 millions d'’euros d’argent public.
Notre politique économique régionale ne devrait elle pas se concentrer sur la levée des fonds bancaires pour le financement de l’économie régionale à travers un FREF un Fonds Régional pour l’Emploi et la Formation.
Ne devrions nous pas interpeller le gouvernement pour que les banques jouent leur rôle plutôt que de jouer la carte de l’hypocrisie financière en piétinant les PME-PMI, les hommes et les territoires.
Car ce gouvernement et à Mme Lagarde, non satisfaite de ne surtout rien changer à la frénésie des marchés financiers, non satisfaite de constater l’échec de sa politique du laissez-faire auprès des banquiers s’apprête à livrer les PME aux marchés financiers pour leur besoin de financement en facilitant l’introduction en bourse des PME, en titrisant, en permettant de communiquer aux agences de notation des informations sur leur performance afin que les financiers puissent s’engager sans risque et s’assurer une bonne rentabilité sur leur dos…
Le gouvernement entend accélérer la financiarisation de l’économie, son projet est un pied de nez aux besoins des PME, sachant que le fonctionnement de ces dernières nécessite un financement à long terme, plutôt que de répondre aux exigences de court terme du marché.
Prenons garde, n’accompagnons pas cette dérive en jouant le rôle des banques à leur place, œuvrons au contraire pour dénoncer leur politique financière et mettre en place une vraie politique pour faire sortir le crédit des banques pour financer l’emploi et la formation.
Sur les premières mesures du contrat de mandature
Nous approuvons d’autant plus les premières mesures que vous proposez, M. le Président, que nous avons largement contribué, avec des salariés et des organisations syndicales de notre région, à l’élaboration d’un certain nombre d’entre-elles.
Je pense en particulier au Contrat Régional de Développement Économique qui envisage notamment de conditionner plus strictement les aides économiques au maintien de l’emploi et au respect des conditions de travail et de l’environnement. Ce contrat régional affiche également la volonté de recourir plutôt aux prêts qu’aux subventions.
Nous sommes confortés dans la volonté d’aller dans cette direction par la scandaleuse décision des dirigeants de Gardy de délocaliser des productions aujourd’hui réalisées à Barentin, en supprimant localement une centaine d’emplois. Cette entreprise, comme d’autres, a reçu plusieurs millions d’euros d’aides des collectivités territoriales, en particulier du Conseil régional.
Nous pensons qu’il faut nous associer aux autres collectivités et aux salariés pour faire pression sur le groupe et aller jusqu’à exiger le remboursement des fonds publics accordés, au cas où il maintiendrait sa décision.
De même, la décision de PSA de fermer un site en France, alors que ce groupe automobile a bénéficié de 3 milliards d’aides de l’État, sous forme de prêt, prêt conditionné, semble-t-il, au maintien de tous les sites en France.
Soyons vigilants à ce que ce mauvais exemple, qui n’a pas suscité de grandes réactions de la part du gouvernement, ne fasse pas école dans les autres groupes automobiles. Je pense évidement à Renault, au moment où se nouent des rapprochements avec Daimler et où l’on demande, aux salariés de Renault Sandouville touchés par le chômage partiel d’augmenter les cadences.
Il y a décidément une véritable réflexion à engager sur la nature, le type et la pertinence même des aides économiques accordées par la Région. Nous souhaitons que les salariés et leurs organisations syndicales soient associés à cette réflexion, comme ils doivent, à notre sens, être associés au contrôle de l’utilisation de ces fonds publics.
Nous versons à cette réflexion la proposition suivante : les aides économiques régionales doivent d’abord être destinées aux PMI, PME et être regroupées au sein d’un Fonds Régional pour l’Emploi et la Formation dont le but essentiel serait de mobiliser le crédit en faveur des investissements productifs.
Nous aurons à cœur, au cours de ce mandat, de travailler à la mise en place de ce fonds régional.
Comme l’indique le rapport, M. le Président, les Assises Régionales de l’Industrie et de l’Innovation seront un moment fort de l’élaboration de notre politique régionale, en matière de développement économique et d’emploi, en faisant clairement du renouveau industriel de notre région, une priorité.
Et nous nous félicitons que cette proposition, que nous portons, vous le savez, depuis plusieurs années et qui a gagné en force au cours de la campagne électorale, se concrétise dans les prochains mois.
Sans doute ces assises contribueront-elles à élaborer « un document prospectif dont l’objectif sera de déterminer la politique de la Région en matière industrielle, un document que le Conseil Économique et Social Régional appelle de ses vœux.
Ces assises pourraient être alimentées par une étude réalisée en amont avec l’objectif d’analyser la situation actuelle du secteur industriel régional, sachant que nous ne disposons aujourd’hui que d’une étude de l’INSEE datant de 2005 et qu’il est inutile de rappeler ici à quel point notre industrie régionale a été bousculée ces dernières années.
Ces assises devront évidement rassembler l’ensemble des partenaires. Nous souhaitons que leur organisation soit l’occasion de tisser des liens étroits avec les salariés des différentes branches et leurs organisations syndicales.
Les États généraux de l’Industrie, initiés par l’État, ou encore le début du processus de table ronde organisé dans le secteur du raffinage laissent en effet un goût amer aux salariés, tant ces initiatives ont donné l’impression de privilégier les intérêts patronaux. Les patrons des grands groupes profitent en effet aujourd’hui de la crise pour justifier des opérations qui ne visent en réalité qu’à gagner en productivité et à augmenter les profits des actionnaires.
D’où la nécessité de donner à voir que notre collectivité s’inscrit dans une autre logique, que le développement de l’économie régionale et de l’emploi industriel, dans le respect de l’intérêt général, est notre unique boussole.
Sur le deuxième volet du rapport, concernant la réalisation de diagnostics préalables au chèque énergie, nous nous félicitons de l’approche sociale : permettre à nos concitoyens de réduire leurs dépenses en matière d’énergie tout en en réduisant leur consommation.
Cette démarche prend en effet le contre-pied des mesures initiées par le gouvernement de droite, je pense en particulier à la taxe carbone, qui visait à prendre une nouvelle fois dans la poche des Français plus qu’à agir efficacement en faveur de l’environnement.
Les électeurs semblent avoir eu raison de cette taxe en portant majoritairement leurs voix sur les listes de gauche et écologistes aux élections régionales. Mais la partie n’est pas pour autant gagnée. Et nous aurons toujours à cœur d’agir contre la culpabilisation des citoyens à d’autres fins que la préservation de notre planète.
Enfin, la création de nouveaux emplois-tremplin appelle quelques remarques de notre part.
Nous souhaitons qu’un bilan détaillé du précédent dispositif soit communiqué, notamment en matière de pérennisation des emplois.
Si ces emplois peuvent constituer une bouffée d’oxygène pour un certain nombre d’associations, il faut être lucide sur les difficultés de beaucoup de ces associations à les pérenniser, d’autant qu’elles sont directement impactées par la réduction des moyens des collectivités territoriales. Le risque existe, dès lors, que ce dispositif contribue, à notre corps défendant, à la précarisation de l’emploi et à la précarisation des associations elles-mêmes.
Nous devrons également être particulièrement vigilants sur la qualité de la formation reçue et de la qualification acquise.
Soyez certains, Monsieur le Président, mes chers collègues, de notre détermination à mettre toute notre combativité au service de la mise en œuvre des premières mesures de la mandature.